L’intelligence artificielle (IA) transforme les métiers à une vitesse sans précédent. Mais comment former ses équipes sans qu’elles se sentent dépassées ou submergées ? Repères pour une formation efficace.
Les thèmes de l’article:
En bref
- Se former à l’IA est essentiel sous peine de voir son organisation ou son entreprise dépassée.
- Pour démarrer, il faut évaluer la maturité de son organisation.
- Intégrer l’IA demande des transformations au sein de la culture d’entreprise, avec un apprentissage technique.
- Ces outils demandent aussi une confrontation permanente avec la réalité pour être améliorés.
1. Pourquoi se former à l’IA maintenant ?
« Aucune révolution technologique n’a eu un impact comparable à celui de l’IA », estime Patrick Bellair, entrepreneur à la tête d’une agence de communication digitale, formateur en intelligence artificielle appliquée au sein de Romandie Formation. Ces outils vont radicalement changer notre marché du travail et les compétences requises. 39 % des compétences actuelles seront obsolètes ou transformées d’ici 2030, selon le Future of Jobs Report du World Economic Forum (édition 2025). C’est près de 59 % de la main-d’œuvre mondiale qui devra donc être reconvertie ou améliorée d’ici 2030, selon le même document. Et les entreprises qui ne prennent pas ce virage risquent une baisse de productivité et de compétitivité dès 2030, estime le rapport A new future of work: The race to deploy AI and raise skills in Europe and beyond du cabinet de conseil McKinsey. Pour l’OCDE, c’est plus globalement un risque de creusement des inégalités (entre les entreprises qui forment leurs employés et les autres) qui se dessine. Former à l’IA, c’est donc, dès aujourd’hui, investir sur l’attractivité de sa marque employeur.
2. Par où commencer pour former ses équipes à l’IA ?
Connaître
Avant d’opter pour telle ou telle méthode ou outil IA, évaluez le niveau de maturité de votre entreprise dans le domaine. Qui utilise déjà ces outils et dans quel but ? Qui ne les a encore jamais testés ? Beaucoup de collaborateurs les utilisent peut-être officieusement ou sans que cela soit explicitement thématisé. Un état des lieux peut aussi permettre d’identifier des personnes ressources, capables, par exemple, d’accompagner le changement. Selon la taille de votre organisation, vous pouvez même planifier un audit détaillé sur le niveau de connaissances des collaborateurs en matière de technologie.
Évaluer et définir des objectifs
Ensuite, prenez le temps d’évaluer les besoins réels. Où l’IA peut-elle apporter un changement significatif dans votre organisation ? Pourrait-elle transformer en profondeur certaines activités ? Offrir un gain de temps ? Améliorer une expérience client ? Introduire une innovation qui doit répondre à des objectifs clairs à définir ? Quel est le but principal de l’outil ?
Structurer
Une introduction générale à l’IA et aux changements culturels qu’entraîne cette technologie pour votre organisation peut être proposée à tous vos collaborateurs. Mais après cette étape de sensibilisation, il faudra former aux outils et compétences-clés. Et ceux-ci diffèrent selon les secteurs d’activité, les métiers, voire les niveaux hiérarchiques. Les dirigeants doivent bien entendu comprendre les enjeux stratégiques et poser les bonnes questions aux experts. Les managers et chefs d’équipe doivent être capables de piloter des projets de transformation par l’IA. Enfin, les équipes doivent pouvoir utiliser les outils adaptés à leur activité, mais aussi suivre leurs développements permanents.
3. Comment se familiariser avec les enjeux de l’IA ?
Connaître les biais
En mettant à disposition des quantités astronomiques de données, l’IA change profondément la manière de travailler. Mais elle implique aussi des risques, en particulier celui d’être piégé par la conception de l’outil, ou par ses propres préjugés face à l’IA. Tout comme nous avons été sensibilisés au fil des ans à la cybersécurité, c’est désormais les biais algorithmiques qu’il est nécessaire d’apprivoiser. Comment ? « Il faut se cultiver au sujet des neurosciences pour comprendre les biais cognitifs amplifiés par l’IA », recommande Igaël Derrida, consultant et formateur RH, expert et chargé de cours au sein de Romandie Formation, notamment pour le Brevet fédéral de spécialiste en ressources humaines. Il recommande par exemple les ouvrages d’Olivier Sibony ou les entretiens avec Albert Moukheiber.
Albert Moukheiber
Neuroscientifique, psychologue et entrepreneur franco-libanais, il est cofondateur de Chiasma, un laboratoire d’idées sur les biais cognitifs et algorithmiques, et auteur de Neuromania : Le vrai du faux sur votre cerveau, (Paris, Allary, 2024, 285 p.) Son travail explore comment nos biais influencent les algorithmes, comment les déceler et les corriger. Il plaide pour une IA éthique, transparente, juste et responsable.
« Votre cerveau », série de vidéos pour France Culture avec Albert Moukheiber« Déjouer ses biais cognitifs avec Albert Moukheiber », Arte France
Retrouvez nos conseils pour déjouer les biais algorithmiques
Rester responsable
Par ailleurs, l’IA change du tout au tout le rôle de chaque employé. « L’IA transforme les collaborateurs en managers. Ils planifient, supervisent, et doivent comprendre les limites des outils », estime Igaël Derrida. Autrement dit, entraîner un robot pour une tâche précise (par exemple, la gestion des notes de frais) n’a pas pour but de se débarrasser de la tâche, mais de l’exécuter autrement, avec des gains associés, notamment de temps. La responsabilité de la tâche incombe toujours au salarié.
Apprendre en continu
Enfin, il faut aussi et surtout rester sur le qui-vive en permanence et ne pas se reposer sur ses acquis. « Dans les formations que je donne pour l’institut Romandie Formation, nous expliquons comment rester à jour, car l’IA évolue constamment », explique Patrick Bellair, qui précise que former à l’IA demande de prendre en compte plusieurs dimensions. « Une bonne formation, c’est une partie culture, une partie technique, un état des lieux des usages », rappelle l’expert.
4. La technique : maîtriser le « prompt engineering » et ses conséquences
Savoir composer un prompt efficace est aujourd’hui indispensable pour utiliser un outil d’IA dans un environnement et un contexte professionnels. « Savoir parler avec l’IA était un avantage concurrentiel il y a trois ans. Aujourd’hui, cela nous met en concurrence avec le commun des mortels », estime Patrick Bellair pour qui ce qui fait la différence désormais est de savoir entraîner et faire évoluer un « essaim d’agents », adaptés sur mesure aux multiples besoins de chaque métier. Cela implique de connaître « la structure d’un bon prompt : contexte, rôle, contraintes. Sans cela, la production sera médiocre », d’exiger de l’IA « une priorité à la véracité. » En lui intimant, par exemple, de citer des sources fiables et de donner un pourcentage de fiabilité. Enfin, avec la multiplication des solutions d’IA disponibles, il importe de connaître celles qui existent dans son métier (comptabilité, domaine légal, gestion des plannings, relectures), leurs atouts et leurs faiblesses.
Créer son premier agent IA
Dans cette vidéo, Patrick Bellair explique comment il a conçu un agent IA pour gérer sa comptabilité et donne les clés pour construire un projet agentique : tâche claire, plan de déploiement, mémoire, liste de missions à planifier.
Pour Igaël Derrida, ce savoir-faire technique doit aussi s’accompagner d’un savoir-faire managérial, une réflexion sur la manière de travailler. « Les collaborateurs peuvent être rapidement exténués s’ils travaillent uniquement sur des tâches à haute valeur ajoutée, puisque les tâches simples sont confiées à l’IA », observe-t-il.
Comment aborder cette question et soutenir ses collaborateurs ? Il suggère plusieurs ressources. D’abord « mettre en place un périmètre de sécurité : une charte IA qui définit ce que l’on utilise, comment, et ce que l’on y insère », afin d’éviter d’utiliser l’IA systématiquement et en particulier dans des domaines qui ne seraient pas autorisés par la loi. Ensuite, lorsque les collaborateurs sont pris dans des tâches intenses en permanence, instaurer des temps de pause réguliers ou structurés « pour alléger la charge mentale ou faire redescendre la tension ». Et finalement, prévoir des temps d’échange en équipe. Face à une innovation qui fournit beaucoup de données, « on peut se retrouver à travailler davantage. Il faut pouvoir échanger ensemble, en équipe, partager des méthodologies, un champ lexical », pour éviter l’isolement de chacun derrière son outil d’IA. « L’OCDE confirme d’ailleurs cette élévation du niveau d’exigence. Plus de la moitié des employeurs ayant adopté l’IA dans l’industrie et la finance déclarent une hausse de la demande en travailleurs hautement qualifiés (OCDE, Faire fonctionner l’IA : pourquoi investir dans les compétences est important, 2026). En effet, l’IA complète plutôt qu’elle ne remplace le travail humain dans les métiers exposés. Et cela augmente la demande en compétences cognitives et sociales (résolution de problèmes, créativité, empathie) ».
5. La pratique : l’IA demande de s’entraîner sur des cas réels
Avec ses outils en développement perpétuel, l’IA demande une utilisation régulière pour suivre ses évolutions. Et donc une mise en pratique dès la formation. Patrick Bellair souligne le besoin de s’entraîner pour formuler des prompts de plus en plus pertinents. Mais aussi de changer d’outils pour se familiariser avec tous les modèles existants. « Chez Romandie Formation, nous formons les utilisateurs sur différents modèles (Claude, GPT, Gemini, Mistral) pour être « ambidextres », défend l’expert. Il prône aussi des formations spécialisées par secteur d’activité, tant les besoins et outils sont aujourd’hui précis et spécifiques. « S’entraîner, tester mais garder son esprit critique », rappelle Igaël Derrida pour qui ces outils ne sont jamais à prendre pour argent comptant mais doivent toujours être comparés entre eux, challengés et regardés comme des compléments au travail humain et non comme des substituts.
Conclusion
Se former à l’IA est un enjeu de compétitivité et d’égalité. L’IA demande un changement culturel dans l’entreprise, mais aussi une formation technique qui tienne compte de l’enjeu cognitif de ces outils pour les équipes. Enfin, cette technologie exige un suivi permanent de ses mises à jour, soit un travail important de veille et une logique de formation continue.
Découvrez la formation de l’institut Romandie Formation sur l’intelligence artificielle générative
Ressources
- Ben Shneiderman, Human – Centered AI,
- A new future of work: The race to deploy AI and raise skills in Europe and beyond du cabinet de conseil McKinsey
- Future of Jobs Report 2025 du World Economic Forum
- Faut-il encore décider ?, La décision humaine à l’ère de l’intelligence artificielle, Olivier Sibony, Eric Hazan, Flammarion, 2026
- Boîte à outils du SECO sur les risques psychosociaux au travail : une ressource pour protéger la santé au travail, notamment éviter l’épuisement
- Job Stress Index de Promotion Santé Suisse : un indicateur de Promotion Santé Suisse mis à jour régulièrement qui procure des données chiffrées sur l’épuisement au travail
Sources
- Entretiens avec Patrick Bellair et Igaël Derrida
- Hazan, E., Madgavkar, A., Chui, M., Smit, S., Maor, D., Singh Dandona, G., Huyghues-Despointes, R. (2024). A new future of work: The race to deploy AI and raise skills in Europe and beyond. McKinsey. https://www.mckinsey.com/mgi/our-research/a-new-future-of-work-the-race-to-deploy-ai-and-raise-skills-in-europe-and-beyond
- Broecke, S. (2026). Faire fonctionner l’IA : pourquoi investir dans les compétences est important. oecd.org. https://www.oecd.org/fr/blogs/2026/01/making-ai-work-why-investing-in-skills-matters.html
- WEF. (2025). The Future of Jobs report 2025. World Economic Forum. https://www.weforum.org/publications/the-future-of-jobs-report-2025/digest/
- Bellair, P. (2026). Crée ton premier agent IA (sans coder, promis). YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=hrUyAEkY3j8
- Non signé. (2025). Former vos collaborateurs à l’IA : par où commencer ?. axio-formation.com. https://axio-formation.com/blog/former-employes-ia/
- de Noirmont, G. (2026). Former ses collaborateurs à l’IA : la méthode complète pour les entreprises qui veulent des résultats. bloom-ai.fr. https://www.bloom-ai.fr/blog/former-equipes-ia-methode-complete-entreprises
- Jordan H. et Alexandra D. (2025). Intelligence artificielle : comment former ses équipes ?. cnfce.com. https://www.cnfce.com/dossier/intelligence-artificielle-comment-former-ses-equipes
- Olga. (2026). Guide complet pour former ses équipes à l’IA. mlab.ai. https://mlab.ai/formation-ia-en-entreprise/guide-complet-pour-former-ses-equipes-a-lia/
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